Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les Ukrainiens pour apprendre l'anglais
Les Ukrainiens rencontrent plusieurs difficultés majeures dans l’apprentissage de l’anglais, notamment liées aux différences linguistiques, aux conditions d’enseignement et aux facteurs psychologiques, notamment dans le contexte de la guerre en cours. Ces obstacles affectent autant la réception (écoute, lecture) que la production orale et écrite, freinant la progression vers une maîtrise conversationnelle fluide et naturelle.
Différences linguistiques et cognitives
La structure linguistique de l’anglais diffère fortement de celle de l’ukrainien, ce qui complique l’apprentissage. Les Ukrainiens doivent s’adapter à des sons absents dans leur langue maternelle, comme les consonnes dentales /θ/ et /ð/, ainsi qu’à des règles de prononciation irrégulières. Par exemple, le son « th » dans « think » ou « this » n’a pas d’équivalent en ukrainien, nécessitant un apprentissage articulatoire spécifique souvent source de frustration et d’erreurs visibles en conversation. De plus, l’ordre des mots, les temps verbaux complexes et les articles définis/indéfinis posent des défis syntaxiques importants. Contrairement à l’ukrainien, qui ne possède pas d’articles, les apprenants doivent intégrer une catégorie grammaticale nouvelle, avec des règles souvent subtiles, notamment dans les cas d’usage ou d’omission des articles. Ces écarts linguistiques rendent difficile l’acquisition naturelle de la fluidité orale et écrite.
Les différences cognitives concernent également la perception des temps verbaux et des aspects. En ukrainien, le système verbal est centré sur la distinction aspectuelle perfectif/imperfectif, alors qu’en anglais, la maitrise des temps (present perfect, past simple, continuous) nécessite une compréhension différente des notions temporelles et d’achèvement d’action, ce qui demande un travail mental plus soutenu pour un locuteur ukrainien.
Difficultés spécifiques de prononciation et intonation
Outre les consonnes, les Ukrainiens rencontrent des difficultés avec les voyelles anglaises, qui comptent 12 sons vocaliques, contre 6 en ukrainien, ce qui impacte la reconnaissance et la production correcte des mots. L’intonation et le rythme de l’anglais, accentué sur certaines syllabes et avec un stress variable, s’opposent à la prosodie plus régulière de l’ukrainien. Ces différences peuvent entraîner une “accentuation étrangère” qui entrave la compréhension orale mutuelle, même si le vocabulaire est correctement utilisé.
Limites du système éducatif
Le système éducatif ukrainien souffre de ressources limitées, notamment en termes de matériel pédagogique actualisé et d’accès à des enseignants natifs ou hautement qualifiés. Bien que l’anglais soit enseigné dès le primaire, le nombre d’heures par semaine est souvent insuffisant pour atteindre un niveau avancé. Une étude récente montre qu’un élève ukrainien moyen reçoit environ 2 à 3 heures d’anglais par semaine en secondaire, un volume faible pour une réelle acquisition communicative.
De plus, les méthodes d’enseignement traditionnelles, centrées sur la grammaire et la traduction, négligent souvent la communication orale et l’immersion linguistique, ce qui limite la pratique réelle de la langue. Cette approche conduit souvent à un savoir “passif” : les élèves comprennent la grammaire dans des exercices écrits mais peinent à l’utiliser dans une conversation spontanée. Par exemple, des erreurs fréquentes apparaissent dans la construction des questions orales et lors de tentatives d’interactions rapides, montrant le manque d’entraînement à la production fluide et spontanée.
L’absence d’enseignants natifs ou de locuteurs confirmés réduit aussi la qualité de l’exposition à la prononciation authentique et aux expressions idiomatiques courantes, éléments essentiels pour une communication naturelle. Cet aspect est particulièrement regrettable dans un contexte où les vidéos et podcasts natifs jouent un rôle croissant dans l’apprentissage informel à l’échelle mondiale.
Facteurs psychologiques et contextuels
La situation de guerre en Ukraine a considérablement accru le niveau d’anxiété parmi les apprenants, ce qui nuit à leur motivation et à leur concentration. Cette anxiété se manifeste souvent par la peur de faire des erreurs en public, un phénomène appelé “anxiété linguistique”, qui bloque la participation active en classe ou dans des échanges linguistiques. Cette peur peut aussi entraîner l’évitement des occasions de parler, limitant la pratique conversationnelle nécessaire.
De plus, le déplacement forcé, les interruptions des études et les conditions de vie instables aggravent les difficultés d’apprentissage. Pour les déplacés internes et réfugiés, l’accès régulier aux cours est souvent compromis, et les priorités immédiates (logement, sécurité) prennent le pas sur l’apprentissage. Ces facteurs externes ralentissent non seulement la progression mais peuvent provoquer des retours en arrière dans la confiance et la mémorisation linguistique.
Enfin, la charge psychologique générale rend plus difficile la gestion des efforts cognitifs nécessaires pour apprendre une langue étrangère, même chez des individus initialement très motivés.
Accès inégal aux ressources numériques
Bien que l’apprentissage en ligne ait été développé, notamment pendant la pandémie, l’accès aux plateformes numériques reste inégal en raison des coupures d’électricité, des problèmes de connexion Internet ou du manque de dispositifs adéquats, surtout dans les zones touchées par les conflits. Selon des rapports récents, environ 40 % des Ukrainiens en zones de conflit ont un accès instable ou nul à Internet, ce qui limite considérablement l’usage des ressources d’apprentissage modernes.
Cela limite l’exposition aux contenus authentiques en anglais, tels que des films, des podcasts ou des cours interactifs, qui sont essentiels pour l’immersion linguistique. Or, les données montrent que l’exposition régulière à la langue parlée par des natifs favorise l’assimilation des schémas phonétiques et syntaxiques et accélère la capacité à comprendre et répondre en temps réel.
Dans ce contexte, la pratique active avec des interlocuteurs virtuels ou des tuteurs adaptatifs, qui peuvent simuler des conversations réelles, apparaît comme une solution complémentaire intéressante lorsque l’accès humain est limité. Néanmoins, la fracture numérique reste un frein majeur qu’il convient de prendre en compte dans l’analyse des difficultés.
Erreurs typiques et pièges récurrents
Parmi les erreurs fréquemment observées chez les apprenants ukrainiens, on note :
- L’omission ou la mauvaise utilisation des articles définis et indéfinis, souvent soit complètement oubliés, soit surutilisés.
- L’utilisation incorrecte des temps verbaux, notamment le mélange entre past simple et present perfect.
- La substitution des sons anglais avec des sons ukrainiens proches mais incorrects, affectant la compréhension (ex : prononcer “think” comme “sink”).
- La syntaxe calquée sur la langue maternelle, conduisant à des structures de phrase littérales mais incorrectes en anglais.
- La prononciation plate ou monotone, conséquences du transfert prosodique de l’ukrainien vers l’anglais.
Ces erreurs, même minimes, peuvent rendre les échanges oraux moins fluides et augmenter le stress lié à la communication.
Ce panorama montre que les défis pour les Ukrainiens dans l’apprentissage de l’anglais vont bien au-delà de la simple acquisition linguistique : ils intègrent des dimensions pédagogiques, psychologiques, technologiques et contextuelles qui s’entremêlent. Pour surmonter ces obstacles, une démarche d’apprentissage adaptée, centrée sur la pratique orale régulière, la gestion du stress et l’accès équitable aux ressources, est essentielle.
Références
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Sustained English lingua-cultural education: a solution for Ukraine
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MANAGING STUDENTS’ ANXIETY WHILE LEARNING FOREIGN LANGUAGES IN THE CONDITIONS OF WAR IN UKRAINE
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STUDYING ENGLISH UNDER COVID-19 QUARANTINE: UKRAINIAN AND INDIAN STUDENTS’ PERSPECTIVES
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