Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les Ukrainiens pour apprendre l'anglais
Les Ukrainiens rencontrent surtout quatre obstacles lorsqu’ils apprennent l’anglais : l’écart entre les deux langues, une pratique orale souvent trop limitée, des conditions d’étude inégales et un contexte de stress durable. Le problème n’est donc pas le manque d’effort, mais la combinaison d’une langue très différente, d’un enseignement souvent trop théorique et de contraintes de vie qui réduisent la régularité de l’exposition à l’anglais. 1, 2
Différences linguistiques et cognitives
La structure linguistique de l’anglais diffère fortement de celle de l’ukrainien, ce qui complique l’apprentissage. Les Ukrainiens doivent s’adapter à des sons absents dans leur langue maternelle, comme les consonnes dentales /θ/ et /ð/, ainsi qu’à des règles de prononciation irrégulières. De plus, l’ordre des mots, les temps verbaux complexes et les articles définis/indefinis posent des défis syntaxiques importants. Ces écarts linguistiques rendent difficile l’acquisition naturelle de la fluidité orale et écrite. 1
À l’oral, la difficulté ne vient pas seulement du vocabulaire, mais de la coordination entre écoute, prononciation et rythme. En anglais, des mots très fréquents changent souvent de forme sonore selon le contexte, ce qui surprend les apprenants dont la langue maternelle repose davantage sur une relation plus régulière entre lettres et sons. Des paires comme ship/sheep, full/fool ou think/sink mettent en évidence des contrastes qui paraissent minimes sur le papier mais qui changent complètement le sens à l’écoute.
L’article défini et les articles zéro posent aussi un problème concret. En ukrainien, l’équivalent de a / the n’existe pas comme système grammatical obligatoire, ce qui pousse beaucoup d’apprenants à hésiter sur des phrases simples comme I went to school ou I went to the school. En anglais, ce choix dépend du contexte, de la notion de généralité ou de précision, et il doit devenir automatique pour que la phrase paraisse naturelle.
Un autre point difficile est l’ordre des mots dans les questions et les négations. L’anglais exige des auxiliaires visibles dans de nombreuses structures, par exemple Do you like it?, She doesn’t know, Have you seen it?. Pour un apprenant ukrainien, cela demande de reconstruire la phrase mentalement au lieu de traduire mot à mot. C’est souvent là que la fluidité se bloque : la phrase est comprise, mais l’organisation grammaticale n’est pas encore assez rapide pour sortir sans effort.
Limites du système éducatif
Le système éducatif ukrainien souffre de ressources limitées, notamment en termes de matériel pédagogique actualisé et d’accès à des enseignants natifs ou hautement qualifiés. Bien que l’anglais soit enseigné dès le primaire, le nombre d’heures par semaine est souvent insuffisant pour atteindre un niveau avancé. De plus, les méthodes d’enseignement traditionnelles, centrées sur la grammaire et la traduction, négligent souvent la communication orale et l’immersion linguistique, ce qui limite la pratique réelle de la langue. 1
Dans beaucoup de classes, l’objectif prioritaire reste la réussite scolaire plutôt que l’usage réel de la langue. Cela produit des apprenants capables de reconnaître des règles, mais moins à l’aise pour improviser une réponse simple dans une situation concrète : demander un renseignement, se présenter, expliquer un problème, ou reformuler une idée. Or la compétence de conversation dépend précisément de cette capacité à produire des phrases spontanées, avec hésitations, corrections et reformulations.
Le manque de temps d’exposition est décisif. Quelques heures d’anglais par semaine ne suffisent pas à installer les automatismes nécessaires pour parler couramment. En pratique, l’anglais devient souvent une matière parmi d’autres, au lieu d’une langue vivante rencontrée régulièrement dans des contextes variés. Quand l’écoute authentique est rare, les apprenants comprennent mieux les exercices que les voix rapides, les accents réels ou les dialogues naturels.
La différence entre connaissance passive et usage actif est particulièrement visible dans les verbes fréquents. Beaucoup d’apprenants savent reconnaître to be, to have, can, must ou want, mais ont plus de mal à les employer vite dans une phrase complète. C’est l’un des signes classiques d’un apprentissage surtout scolaire : la reconnaissance est présente, l’automatisation l’est moins.
Dans ce contexte, la pratique orale régulière change beaucoup la trajectoire d’apprentissage. Les progrès sont généralement plus rapides quand l’apprenant doit produire des réponses immédiates, corriger ses erreurs et réentendre les mêmes structures en situation plutôt que de seulement les lire. La conversation guidée, y compris avec un tuteur IA, aide justement à transformer des connaissances passives en réflexes utiles à l’oral.
Facteurs psychologiques et contextuels
La situation de guerre en Ukraine a considérablement accru le niveau d’anxiété parmi les apprenants, ce qui nuit à leur motivation et à leur concentration. L’anxiété liée à la langue, notamment la peur de faire des erreurs ou d’être mal compris, est un obstacle majeur à la participation active en classe ou dans des échanges linguistiques. De plus, le déplacement forcé, les interruptions des études et les conditions de vie instables aggravent les difficultés d’apprentissage. 2
Le stress chronique affecte directement la mémoire de travail, c’est-à-dire la capacité à retenir une idée pendant qu’on construit une phrase. En anglais, cela pèse lourdement sur les apprenants qui doivent déjà gérer la grammaire, la prononciation et le vocabulaire en même temps. Dans une phrase simple comme I was going to…, l’interruption d’une pensée peut suffire à faire perdre l’ensemble de la structure.
La peur de se tromper a aussi un effet social. Beaucoup d’apprenants préfèrent se taire plutôt que de risquer une faute de prononciation ou une phrase jugée « scolaire ». Pourtant, l’anglais oral se développe rarement sans essais imparfaits. Les erreurs de terminaison, d’articles ou de prépositions font partie du chemin normal, mais elles prennent plus de place quand l’environnement valorise surtout la correction plutôt que l’échange.
Le déplacement et les ruptures de rythme rendent l’apprentissage moins continu. Or la langue se consolide par répétition espacée : revoir, réutiliser, entendre à nouveau, puis réemployer dans un autre contexte. Quand les cours sont interrompus, que les horaires changent ou que l’accès au matériel est irrégulier, les acquis deviennent plus fragiles et les oublis plus fréquents.
Accès inégal aux ressources numériques
Bien que l’apprentissage en ligne ait été développé, notamment pendant la pandémie, l’accès aux plateformes numériques reste inégal en raison des coupures d’électricité, des problèmes de connexion Internet ou du manque de dispositifs adéquats, surtout dans les zones touchées par les conflits. Cela limite l’exposition aux contenus authentiques en anglais, tels que des films, des podcasts ou des cours interactifs, qui sont essentiels pour l’immersion linguistique. 3
Cette inégalité a un effet direct sur la qualité de l’input, c’est-à-dire la quantité et la variété d’anglais que l’apprenant reçoit. Sans écoute régulière, il devient plus difficile de reconnaître les formes contractées, les liaisons, les accents et les expressions du quotidien comme I’m gonna, kind of, you know ou what’s up. Ces formes apparaissent partout dans l’anglais réel, mais elles sont souvent absentes des manuels de base.
L’accès numérique ne garantit pas non plus une pratique suffisante. Regarder une vidéo ou lire une leçon améliore la compréhension, mais parler reste une compétence distincte. Les apprenants ukrainiens qui progressent le plus vite sont souvent ceux qui combinent exposition régulière et usage actif : répondre à voix haute, reformuler, demander une précision, raconter un souvenir, jouer un rôle. Sans cette étape, la compréhension avance plus vite que l’expression.
Difficultés typiques dans la prononciation
La prononciation anglaise est l’un des points les plus visibles pour les apprenants ukrainiens. Les sons /θ/ et /ð/ sont souvent remplacés par t, s, d ou z, ce qui peut donner think au lieu de sink ou this au lieu de dis. Ce n’est pas un défaut de compréhension, mais un réflexe articulatoire logique quand la langue maternelle n’utilise pas ces consonnes dentales.
L’accent tonique crée aussi des confusions. En anglais, le déplacement de l’accent peut changer le rythme d’un mot ou rendre la phrase moins naturelle. Des mots comme REcord et reCORD illustrent une logique très présente en anglais, alors que beaucoup d’apprenants ont tendance à prononcer chaque syllabe avec une force plus régulière. Le résultat est compréhensible, mais souvent marqué comme « étranger ».
L’intonation est un autre obstacle, surtout dans les questions polies, les demandes et les réponses nuancées. Une phrase comme Could you help me? doit être produite avec un contour mélodique très spécifique pour paraître naturelle. Sans pratique orale répétée, l’apprenant peut connaître la phrase mais la dire sur un ton trop plat, trop saccadé ou trop accentué, ce qui réduit l’aisance perçue par l’interlocuteur.
Erreurs fréquentes chez les apprenants ukrainiens
Certaines erreurs reviennent souvent parce qu’elles reflètent directement la structure de l’ukrainien. Les plus courantes concernent :
- l’omission des articles : I bought car au lieu de I bought a car ;
- l’ordre des mots calqué sur la langue maternelle ;
- l’usage hésitant des auxiliaires dans les questions et les négations ;
- les prépositions, par exemple at school, in hospital, on the bus ;
- les temps verbaux, surtout la différence entre Past Simple, Present Perfect et Past Continuous.
Ces erreurs ne signifient pas que les apprenants « ne savent pas » l’anglais. Elles montrent plutôt que le cerveau applique des habitudes grammaticales acquises dans une autre langue. La progression consiste alors moins à apprendre des règles isolées qu’à remplacer progressivement ces transferts automatiques par des modèles anglais plus stables.
Ce qui aide réellement à progresser
Les Ukrainiens progressent plus vite quand l’apprentissage combine quatre éléments : exposition régulière, répétition orale, correction ciblée et usage concret. Lire des listes de vocabulaire peut aider, mais mémoriser une expression en contexte — I’m looking for…, I don’t understand, Could you repeat that? — la rend immédiatement plus utile en conversation.
Les micro-dialogues sont particulièrement efficaces parce qu’ils entraînent des réponses courtes et réalistes. Les situations de la vie quotidienne, comme demander son chemin, réserver une chambre, expliquer un retard ou parler de son travail, obligent à utiliser l’anglais fonctionnel plutôt que seulement académique. C’est cette transition vers le langage d’action qui fait souvent la différence entre « connaître » l’anglais et pouvoir s’en servir.
En résumé
Les principales difficultés rencontrées par les Ukrainiens pour apprendre l’anglais viennent d’un décalage linguistique important avec leur langue maternelle, d’un enseignement parfois trop centré sur la grammaire, et d’un contexte de vie qui complique la régularité. La prononciation, les articles, l’ordre des mots et l’usage spontané des structures de base demandent un entraînement spécifique. Dans les conditions actuelles, la progression dépend beaucoup moins de la quantité de théorie que de la possibilité de pratiquer souvent, à l’oral, dans des situations proches de la réalité.
Références
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Sustained English lingua-cultural education: a solution for Ukraine
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MANAGING STUDENTS’ ANXIETY WHILE LEARNING FOREIGN LANGUAGES IN THE CONDITIONS OF WAR IN UKRAINE
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STUDYING ENGLISH UNDER COVID-19 QUARANTINE: UKRAINIAN AND INDIAN STUDENTS’ PERSPECTIVES
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