Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les Ukrainiens pour apprendre l'anglais
Les Ukrainiens rencontrent plusieurs difficultés majeures dans l’apprentissage de l’anglais, notamment liées aux différences linguistiques, aux conditions d’enseignement et aux facteurs psychologiques, notamment dans le contexte de la guerre en cours. 1, 2 Les obstacles les plus fréquents ne viennent pas d’un seul point faible, mais d’un ensemble de freins qui se cumulent: prononciation, grammaire, manque de pratique orale, stress et accès inégal aux ressources.
Différences linguistiques et cognitives
La structure linguistique de l’anglais diffère fortement de celle de l’ukrainien, ce qui complique l’apprentissage. Les Ukrainiens doivent s’adapter à des sons absents dans leur langue maternelle, comme les consonnes dentales /θ/ et /ð/, ainsi qu’à des règles de prononciation irrégulières. De plus, l’ordre des mots, les temps verbaux complexes et les articles définis/indefinis posent des défis syntaxiques importants. Ces écarts linguistiques rendent difficile l’acquisition naturelle de la fluidité orale et écrite. 1
Pour un locuteur ukrainien, la difficulté ne se limite pas au vocabulaire: elle touche aussi la manière de construire une phrase. En ukrainien, la flexibilité de l’ordre des mots est plus grande que dans un anglais où la position du sujet, du verbe et de l’objet doit souvent rester stable. Cela crée des erreurs typiques comme des phrases trop calquées sur la langue maternelle, par exemple l’omission de l’article ou l’usage d’un temps verbal inadapté.
La prononciation est un autre point de friction. Les sons /θ/ et /ð/ dans think et this n’existent pas en ukrainien, ce qui pousse souvent les apprenants à les remplacer par /s/, /t/, /z/ ou /d/. À l’oral, cette substitution peut nuire à la compréhension, surtout dans les échanges rapides. Les irrégularités orthographe-prononciation en anglais ajoutent une difficulté supplémentaire: enough, through, though et women ne se lisent pas comme ils s’écrivent.
Limites du système éducatif
Le système éducatif ukrainien souffre de ressources limitées, notamment en termes de matériel pédagogique actualisé et d’accès à des enseignants natifs ou hautement qualifiés. Bien que l’anglais soit enseigné dès le primaire, le nombre d’heures par semaine est souvent insuffisant pour atteindre un niveau avancé. De plus, les méthodes d’enseignement traditionnelles, centrées sur la grammaire et la traduction, négligent souvent la communication orale et l’immersion linguistique, ce qui limite la pratique réelle de la langue. 1
Dans beaucoup de contextes scolaires, l’élève apprend à reconnaître des règles avant d’apprendre à les utiliser spontanément. Cette séquence produit des connaissances théoriques correctes, mais peu d’aisance en situation réelle. Or l’anglais conversationnel repose sur des automatismes: répondre sans traduire mentalement, comprendre un accent inattendu, reformuler quand un mot manque, demander une précision.
Le problème s’accentue quand les cours sont rares ou peu interactifs. Quelques heures par semaine suffisent souvent pour lire un texte ou faire des exercices écrits, mais pas pour ancrer les réflexes de conversation. Les apprenants disposent alors d’un anglais « passif », utile pour les tests, mais fragile dans une discussion téléphonique, un entretien, un voyage ou une interaction professionnelle.
Un autre facteur est le manque d’exposition à des modèles variés. L’anglais scolaire peut rester très standardisé, alors que l’anglais réel varie selon les pays, les accents et les registres. Comprendre un interlocuteur britannique, américain ou international demande une oreille entraînée à des différences de rythme, d’intonation et de prononciation.
Facteurs psychologiques et contextuels
La situation de guerre en Ukraine a considérablement accru le niveau d’anxiété parmi les apprenants, ce qui nuit à leur motivation et à leur concentration. L’anxiété liée à la langue, notamment la peur de faire des erreurs ou d’être mal compris, est un obstacle majeur à la participation active en classe ou dans des échanges linguistiques. De plus, le déplacement forcé, les interruptions des études et les conditions de vie instables aggravent les difficultés d’apprentissage. 2
Le stress chronique a un effet direct sur la mémoire et l’attention. Quand l’esprit est mobilisé par l’incertitude, les alertes, les déplacements ou les contraintes familiales, il reste moins de place pour l’apprentissage intensif. Dans ces conditions, mémoriser du vocabulaire ou automatiser des structures demande plus de répétitions et des séances plus courtes, mais plus régulières.
La peur de l’erreur joue aussi un rôle important. Beaucoup d’apprenants ukrainiens comprennent davantage qu’ils n’osent parler, surtout lorsqu’ils savent qu’ils maîtrisent la règle « en théorie » mais pas encore à l’oral. Cette inhibition ralentit les progrès, car la langue se consolide par l’usage, pas seulement par la reconnaissance passive.
L’apprentissage oral est particulièrement sensible à ce facteur. Les élèves qui s’exercent uniquement par lecture ou par exercices écrits peuvent connaître des règles de grammaire sans parvenir à les mobiliser en temps réel. À l’inverse, la pratique conversationnelle fréquente, y compris avec des échanges structurés et répétables, aide à réduire la peur de parler et à transformer les connaissances passives en réflexes utilisables.
Accès inégal aux ressources numériques
Bien que l’apprentissage en ligne ait été développé, notamment pendant la pandémie, l’accès aux plateformes numériques reste inégal en raison des coupures d’électricité, des problèmes de connexion Internet ou du manque de dispositifs adéquats, surtout dans les zones touchées par les conflits. Cela limite l’exposition aux contenus authentiques en anglais, tels que des films, des podcasts ou des cours interactifs, qui sont essentiels pour l’immersion linguistique. 3
Cette inégalité touche autant la quantité que la qualité du temps d’apprentissage. Une connexion instable empêche de suivre des séances longues, de regarder des vidéos sans interruption ou de participer à des échanges oraux fluides. Même lorsque du matériel existe, il peut devenir difficile à exploiter si l’apprenant ne peut pas s’y connecter de façon régulière.
Les ressources numériques sont pourtant particulièrement utiles pour l’anglais, car elles permettent d’entendre la langue dans des situations concrètes: demander un renseignement, prendre rendez-vous, réserver, expliquer un problème, donner son avis. L’exposition à ce type de contenu accélère la compréhension des formules courantes et des réponses attendues dans une conversation réelle.
Ce qui rend l’anglais particulièrement difficile pour les Ukrainiens
Au-delà des facteurs institutionnels, la difficulté vient souvent du décalage entre ce que l’école évalue et ce que la vie quotidienne exige. Les tests favorisent fréquemment la reconnaissance de la bonne réponse, alors que la conversation exige vitesse, flexibilité et adaptation. Un apprenant peut ainsi réussir un exercice sur les temps verbaux tout en bloquant au moment de raconter une expérience simple.
Les erreurs les plus fréquentes suivent généralement des schémas prévisibles:
- omission des articles a, an et the;
- confusion entre les temps simples et les temps parfaits;
- prononciation approximative de sons absents en ukrainien;
- ordre des mots influencé par la langue maternelle;
- hésitation à parler malgré une compréhension correcte.
Ces erreurs ne signifient pas un manque d’intelligence linguistique. Elles reflètent surtout une différence structurelle entre les langues et un manque d’occasions de pratiquer dans des situations réalistes.
Comment ces difficultés se réduisent le plus efficacement
Les progrès sont généralement plus rapides quand l’apprentissage combine trois éléments: exposition régulière, pratique active et correction ciblée. L’écoute seule aide à reconnaître des mots; la lecture seule aide à comprendre la structure; mais la prise de parole oblige à tout mobiliser en même temps.
Pour les apprenants ukrainiens, les situations les plus utiles sont souvent celles qui reproduisent des interactions concrètes:
- se présenter et parler de son travail ou de ses études;
- demander des précisions quand un mot manque;
- reformuler une idée simple avec un vocabulaire limité;
- répéter des réponses courtes à voix haute;
- travailler les sons difficiles par paires minimales, comme think/sink ou this/dis.
Dans l’apprentissage des langues, la répétition orale compte souvent davantage que la seule révision passive. C’est particulièrement vrai pour les apprenants qui partent d’une structure grammaticale différente, car la fluidité dépend moins de la connaissance abstraite que de la vitesse d’accès aux formes déjà apprises.
En bref
Les principales difficultés des Ukrainiens pour apprendre l’anglais tiennent à la fois à l’écart entre les deux systèmes linguistiques, au manque de pratique orale, aux limites de l’enseignement traditionnel et à un contexte de vie parfois très instable. Quand ces obstacles s’additionnent, l’anglais paraît plus difficile qu’il ne l’est réellement: le problème n’est pas l’impossibilité d’apprendre, mais la rareté des conditions qui permettent de parler, entendre et réutiliser la langue assez souvent.
Références
-
Sustained English lingua-cultural education: a solution for Ukraine
-
MANAGING STUDENTS’ ANXIETY WHILE LEARNING FOREIGN LANGUAGES IN THE CONDITIONS OF WAR IN UKRAINE
-
STUDYING ENGLISH UNDER COVID-19 QUARANTINE: UKRAINIAN AND INDIAN STUDENTS’ PERSPECTIVES
-
roubles “dys” et anglais: un défi pour l’apprenant et l’enseignant
-
Utilisation et appropriation des aides fournies dans un produit multimédia d’anglais
-
La conciliation du travail et de la famille des parents d’un enfant gravement malade
-
Crosslinguistic comparison in concept formation : Locality and possession
-
The new language of instruction policy in Malawi: A house standing on a shaky foundation
-
INTERCULTURAL FOREIGN LANGUAGE EDUCATION IN UKRAINE IN THE CONTEXT OF THE SECONDARY SCHOOL REFORM
-
On the question of the language behavior of Kyivans in sociolinguistic dimensions
-
IMPLEMENTING AUDIO-LINGUAL METHOD TO TEACHING UKRAINIAN AS A FOREIGN LANGUAGE AT THE INITIAL STAGE