Comment la réglementation financière en Chine influence son développement
La réglementation financière en Chine influence fortement son développement économique à plusieurs niveaux : elle a joué un rôle moteur pendant les phases initiales de réforme grâce à une gestion prudente et graduelle, mais elle génère aujourd’hui des contraintes structurelles qui limitent l’efficacité économique et la capacité d’innovation. Ce double effet reflète la complexité d’un système financier en mutation entre contrôle étatique rigoureux et ouverture progressive au marché.
Influence Historique
Dès la fin des années 1970, la Chine a adopté une réforme progressive de son système financier, isolant progressivement le système bancaire commercial du rôle de banque centrale. Cette stratégie graduelle, nommée “reform without losers”, a permis une allocation plus efficace des ressources, en particulier en favorisant les entreprises d’État prometteuses tout en développant le secteur privé. Cette période a coïncidé avec une croissance économique spectaculaire, surnommée le “miracle chinois”. 1
Pour illustrer cette dynamique, il convient de rappeler que entre 1978 et 1993, le PIB chinois a enregistré un taux de croissance annuel moyen d’environ 9,5 %. Cette performance est en partie attribuable à une réforme financière prudente qui a assuré un financement stable des industries clés sans bouleverser les structures existantes. Ainsi, le contrôle gouvernemental sur les taux d’intérêt limitait le risque, tandis que la distribution contrôlée du crédit permettait de garantir les investissements prioritaires, notamment dans les industries lourdes et les infrastructures.
Structure actuelle et rôle du système financier
Aujourd’hui, la Chine possède l’un des plus grands systèmes financiers au monde, dominé par des banques d’État de grande taille, ainsi que des marchés d’actions et d’obligations parmi les plus importants globalement. La proportion du financement par crédit bancaire reste élevée par rapport au financement direct par les marchés de capitaux, bien que cette dernière tend à croître. Le processus de libéralisation financière s’est orienté vers une plus grande ouverture aux capitaux étrangers et une déréglementation progressive des taux d’intérêt. 1
Plus précisément, à la fin de 2023, les actifs bancaires chinois dépassaient 50 000 milliards de dollars, ce qui en fait le plus grand secteur bancaire national en termes d’actifs au monde. Cependant, près de 70 % du financement des entreprises repose encore sur le crédit bancaire, contre environ 30 % en occident pour des pays comparables. Ce déséquilibre explique en partie la dominance du crédit dirigé, qui privilégie souvent les grandes entreprises publiques aux dépens des PME innovantes.
Impact de la réglementation et répression financière
La “répression financière” — contrôle strict des taux d’intérêt, contraintes sur les réserves bancaires et allocation dirigée des ressources — a initialement favorisé la croissance économique en soutenant la stabilité du système et en permettant une allocation ciblée des crédits. Cependant, depuis les années 2000, cet effet est devenu négatif, freinant l’efficience et la dynamique d’innovation dans l’économie. La part importante des banques d’État et le contrôle rigide ont conduit à une moindre efficacité dans l’allocation du capital aux entreprises privées et innovantes. 1
Un problème majeur est le financement insuffisant des start-ups et des entreprises technologiques, en particulier dans les secteurs émergents comme les technologies propres, l’intelligence artificielle, ou la biotechnologie. Par exemple, les banques d’État, souvent contraintes par des objectifs politiques, continuent de privilégier des secteurs traditionnels à forte intensité capitalistique, comme le pétrole ou la sidérurgie, au détriment des PME à forte valeur ajoutée. Ce désalignement limite la capacité de la Chine à suivre pleinement le rythme d’innovation mondial.
Développements récents : finance numérique et finance verte
La Chine voit un développement rapide de la finance digitale, qui favorise l’inclusion financière grâce à un accès élargi et des coûts réduits, transformant les modes de consommation et d’affaires. Parallèlement, une politique active a été mise en place pour encourager la finance verte et durable, favorisant les investissements respectueux de l’environnement, en cohérence avec les objectifs du plan quinquennal 2021-2025 axé sur une croissance de qualité. 1
Concrètement, la finance numérique en Chine a permis d’inclure plusieurs centaines de millions d’utilisateurs dans le système financier formel, grâce aux plateformes de paiement mobile et aux services bancaires en ligne qui réduisent les barrières géographiques et administratives. Par exemple, le nombre de comptes utilisateurs actifs de ces services dépasse les 1,2 milliard, soit près de 80 % de la population adulte. Cette inclusion financière est un levier puissant de consommation interne et d’innovation entrepreneuriale.
Par ailleurs, les investissements verts ont connu une croissance annuelle moyenne de plus de 20 % ces dernières années, soutenue par des obligations vertes émises pour un montant total de plus de 150 milliards de dollars en 2023. Ces initiatives correspondent aux engagements climatiques de la Chine et favorisent des secteurs émergents tels que l’éolien, le solaire, et la mobilité électrique.
Perspectives et recommandations
Pour continuer son développement, la Chine doit poursuivre ses réformes financières en renforçant la libéralisation, notamment en ouvrant les marchés financiers aux capitaux privés domestiques et étrangers, et en développant les marchés d’actions pour financer l’innovation technologique. Un cadre réglementaire amélioré est nécessaire pour soutenir la stabilité financière tout en facilitant une meilleure allocation des ressources au secteur privé innovant. 1
L’amélioration de la transparence et de la gouvernance des banques d’État est également essentielle pour réduire les risques de crédit non performants, qui ont connu une hausse notable, dépassant 2 % du total des prêts en 2023. La diversification des sources de financement, comme le capital-risque ou les financements participatifs réglementés, peut contribuer à mieux soutenir les entreprises innovantes et les startups.
Enfin, il est crucial d’envisager un équilibre plus fin entre contrôle et ouverture, afin d’éviter que la régulation n’étouffe la créativité économique. L’exemple international montre que des marchés financiers plus matures et flexibles sont associés à des taux d’innovation plus élevés et une croissance soutenable. Cela est particulièrement vrai dans les grandes économies émergentes où les capacités d’adaptation rapide sont clés.
En résumé, la réglementation financière chinoise a été un levier clé pour le développement initial, mais nécessite des ajustements pour ne pas freiner la croissance future et soutenir un modèle économique plus innovant et durable. 1
Références
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Promoting High-Quality Growth Through Financial Reform in the People’s Republic of China
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L’incidence de l’inclusion financière sur la croissance économique au Congo
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Le développement du crédit hypothécaire en Chine . Les leçons des expériences internationales
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La finance coopérative rurale en Chine: histoire, développement et perspectives
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Environnement juridique et développement du secteur privé en Chine
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L’essor de la finance sur Internet en Chine et les tyrannies de l’inclusion
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Chinese economic development difference factors empirical study
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The Nexus between Financial Development and Economic Growth in China
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An Empirical Study about the Impact of China’s Financial Industry Development on Economic Growth
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Understanding China’s fintech sector: development, impacts and risks