Quelles sont les erreurs fréquentes chez les apprenants bilingues français-malgache
Les erreurs fréquentes chez les apprenants bilingues français-malgache viennent surtout de trois sources : la phonétique, le transfert direct entre les deux langues et les différences de structure grammaticale. Les points les plus visibles sont la prononciation du français, l’accord en genre et en nombre, et l’usage des temps verbaux, auxquels s’ajoutent parfois des malentendus culturels et scolaires. 1, 2, 3, 4, 5
Les erreurs fréquentes chez les apprenants bilingues français-malgache
Dans un parcours bilingue français-malgache, l’erreur ne signifie pas seulement « mal parler » : elle révèle souvent une habitude de traitement différente entre deux systèmes linguistiques. Le malgache et le français n’organisent pas les sons, les accords et la phrase de la même manière, ce qui crée des zones de fragilité récurrentes.
1. La prononciation du français
La difficulté la plus connue concerne la prononciation des sons français qui n’existent pas de la même façon en malgache. Le /R/ uvulaire français, produit au fond de la gorge, demande un geste articulatoire très différent de celui utilisé dans beaucoup d’autres langues. L’intonation française pose aussi problème, car elle valorise souvent des contrastes rythmiques et des liaisons qui n’ont pas d’équivalent direct dans le malgache. 1
Les erreurs typiques sont :
- un /r/ roulé ou trop antérieur à la place du /R/ français ;
- une accentuation trop régulière de chaque syllabe ;
- une intonation perçue comme « plate » ou, au contraire, trop marquée ;
- la suppression de certaines liaisons en français oral.
Exemple fréquent :
- Je vais au marché peut être prononcé avec un rythme trop syllabique, alors que le français oral demande une chaîne plus fluide.
Dans la pratique, la phonétique demande beaucoup d’automatismes. Une pratique orale régulière accélère la correction, parce que l’oreille et la bouche doivent apprendre ensemble.
2. L’interférence linguistique entre malgache et français
L’interférence linguistique apparaît quand des structures du malgache sont transférées directement en français. Ce transfert peut produire des phrases grammaticalement compréhensibles, mais non naturelles, ou parfois incorrectes du point de vue du français standard. 2, 1
Les formes les plus courantes d’interférence concernent :
- l’ordre des mots ;
- l’emploi des articles ;
- les prépositions ;
- les accords ;
- la conjugaison ;
- le choix du mot le plus proche du sens voulu, mais pas du contexte français habituel.
Exemple :
- un apprenant peut construire une phrase calquée sur une structure malgache, avec un sujet, un verbe et un complément placés de manière trop littérale, ce qui donne un français « transposé » plutôt qu’un français idiomatique.
Ce type d’erreur est très courant chez les bilingues, car le cerveau choisit spontanément la structure la plus disponible. Le problème n’est donc pas un manque d’intelligence linguistique, mais une comparaison automatique entre deux grammaires.
3. Les erreurs d’accord en genre et en nombre
Le français demande une attention constante au genre grammatical et aux accords, alors que le malgache ne fonctionne pas avec les mêmes marques morphologiques. Cette différence explique de nombreuses erreurs sur les adjectifs, les déterminants et les participes passés. 2, 1, 3
Les difficultés les plus fréquentes sont :
- le genre : un personne au lieu de une personne ;
- l’accord de l’adjectif : une idée important au lieu de une idée importante ;
- le pluriel : omission du -s ;
- les accords dans le groupe nominal : article, nom et adjectif ne s’accordent pas tous.
Exemples utiles :
- des enfants heureux et non des enfant heureux ;
- une petite maison et non un petite maison ;
- les femmes sont arrivées et non les femmes est arrivé.
Ces erreurs reviennent souvent dans l’écrit, car l’orthographe française rend visibles des distinctions qui ne s’entendent pas toujours à l’oral. C’est un point important pour les apprenants bilingues : une phrase peut sembler correcte à l’oreille et rester fautive à l’écrit.
4. Les difficultés de conjugaison
La conjugaison française est une autre zone sensible, surtout à cause des terminaisons verbales et des valeurs différentes des temps. Les formes finales des verbes sont souvent source d’hésitation, en particulier à l’écrit où les terminaisons se ressemblent beaucoup : -e, -es, -ent, -ait, -é, -er. 3
Les erreurs récurrentes comprennent :
- la confusion entre infinitif et participe passé ;
- la confusion entre présent, imparfait et passé composé ;
- l’accord du participe passé avec l’auxiliaire être ;
- la troisième personne du pluriel mal marquée à l’écrit.
Exemples :
- je vais mangé au lieu de je vais manger ;
- ils est partis au lieu de ils sont partis ;
- hier je vais à l’école au lieu de hier je suis allé(e) à l’école.
La difficulté ne vient pas seulement des règles, mais aussi du fait que plusieurs formes orales sont identiques. L’oral cache donc une partie du problème, tandis que l’écrit l’expose immédiatement.
5. L’orthographe grammaticale
L’orthographe grammaticale est souvent fragile parce qu’elle demande de mémoriser les marques silencieuses du français : accords, lettres finales, marques verbales et pluriel. Les apprenants bilingues français-malgache peuvent bien maîtriser la langue à l’oral et pourtant perdre de nombreux points à l’écrit sur des formes qui ne s’entendent pas. 3
Les erreurs les plus fréquentes concernent :
- les terminaisons verbales muettes ;
- les accords en genre et en nombre ;
- les homophones grammaticaux ;
- les pluriels irréguliers ou peu transparents.
Exemples classiques :
- a / à ;
- ou / où ;
- son / sont ;
- ces / ses / c’est.
Pour un apprenant, l’enjeu principal est de relier chaque forme écrite à une fonction précise dans la phrase. Sans ce lien, l’écriture reste très instable.
6. Les malentendus culturels et pragmatiques
La maîtrise d’une langue ne se limite pas au vocabulaire et à la grammaire. Le français implique aussi des usages sociaux, des formules de politesse, des niveaux de registre et des références culturelles qui peuvent varier selon les contextes. 4
Les erreurs culturelles apparaissent par exemple dans :
- le choix entre registre familier et registre soutenu ;
- la manière de formuler une demande ;
- l’interprétation d’expressions idiomatiques ;
- la compréhension d’allusions culturelles ou institutionnelles.
Exemple :
- une phrase trop directe peut être perçue comme brusque en français, alors qu’elle n’est pas forcément impolie dans l’intention de départ.
Ce type de difficulté se manifeste souvent à l’oral, dans les échanges quotidiens, mais aussi dans les consignes scolaires et administratives. Une erreur de registre peut donner l’impression d’une erreur linguistique alors qu’il s’agit d’un problème d’usage.
7. Les difficultés en contexte scolaire et académique
Dans le contexte malgache, un niveau faible en français peut compliquer la rédaction de devoirs, la structuration d’une argumentation et la compréhension des consignes scolaires. 5 La difficulté ne porte pas uniquement sur la langue, mais aussi sur la méthode : organiser une introduction, développer des idées, faire des transitions et conclure clairement.
Les erreurs scolaires les plus fréquentes sont :
- des phrases trop courtes ou juxtaposées ;
- une argumentation répétitive ;
- des connecteurs logiques mal choisis ;
- une reformulation insuffisante des consignes ;
- une confusion entre résumé, explication et démonstration.
Exemple :
- au lieu d’expliquer une idée en plusieurs étapes, l’élève écrit une suite d’énoncés sans hiérarchie argumentative.
Ici, le français académique demande une compétence spécifique : produire un texte qui ne se contente pas d’énoncer, mais qui organise une pensée.
Pourquoi ces erreurs reviennent souvent
Ces erreurs sont fréquentes parce qu’elles apparaissent aux points de contact les plus sensibles entre les deux langues : les sons, les accords, la morphologie verbale, le lexique et l’usage social. Le bilinguisme ne protège pas automatiquement de l’interférence ; il peut même l’amplifier lorsque les deux systèmes sont activés en même temps.
Deux mécanismes expliquent particulièrement la répétition des fautes :
- la proximité fonctionnelle : l’apprenant veut exprimer une idée précise et choisit rapidement la forme la plus accessible ;
- la surcharge cognitive : en parlant ou en écrivant, il faut gérer à la fois le contenu et la forme, ce qui augmente le risque d’erreur.
En oral, la vitesse de production favorise les approximations. En écrit, la pression porte davantage sur l’orthographe grammaticale et la conjugaison.
Les erreurs les plus utiles à corriger en priorité
Toutes les erreurs ne se corrigent pas avec la même efficacité. Chez les apprenants bilingues français-malgache, les gains les plus rapides viennent souvent de trois priorités :
- la prononciation des sons français les plus éloignés du système malgache ;
- les accords élémentaires dans le groupe nominal ;
- les formes verbales de base, surtout infinitif, participe passé et conjugaison au présent.
Corriger d’abord ces points donne un effet visible, car ils touchent à la fois l’intelligibilité et la correction grammaticale. En parallèle, l’écoute active et la répétition en situation réelle renforcent la mémorisation des structures.
Repères pratiques pour éviter les erreurs les plus courantes
Quelques réflexes simples réduisent nettement les fautes récurrentes :
- écouter la phrase entière avant de la produire ;
- vérifier systématiquement le genre du nom ;
- repérer le sujet avant de conjuguer ;
- distinguer la forme orale de la forme écrite ;
- apprendre le mot avec son article, pas isolément ;
- observer les expressions figées plutôt que les traduire mot à mot.
Exemples de bonne mémorisation :
- la table plutôt que seulement table ;
- aller manger plutôt que seulement manger ;
- une grande maison plutôt que seulement maison.
Cette méthode aide à éviter les calques et à stabiliser les automatismes.
En résumé
Les erreurs fréquentes chez les apprenants bilingues français-malgache touchent surtout la prononciation, l’interférence entre les deux langues, les accords, la conjugaison, l’orthographe grammaticale et les usages culturels du français. 1, 2, 3, 4, 5 Ces difficultés sont normales dans un parcours bilingue, car elles reflètent la rencontre de deux systèmes linguistiques différents, avec des règles de son, de forme et d’usage qui ne se superposent pas.
Références
-
Difficultés des apprenants iraniens du FLE dans la gestion des finales verbales en /E/
-
Langue et culture : l’indispensable association dans l’enseignement du FLE à des arabophones
-
L’interférence de l’anglais sur le français chez les apprenants canadiens du français langue seconde
-
Les erreurs écrites en espagnol L2 en contexte universitaire français : analyse et remédiation
-
Impact du persan sur l’utilisation incorrecte des pronoms relatifs français
-
Le langage oral en production chez les enfants bilingues : quels liens avec l’exposition ?
-
Les malentendus comme révélateurs et comme renforçateurs des activités métalangagières
-
Linguistic Risk-Taking: A Bridge Between the Classroom and the Outside World
-
L’ACQUISITION DE LA COMPÉTENCE PHONÉTICO-PHONOLOGIQUE : LES ACTIVITÉS DANS LES MANUELS DE FLE