Quelles sont les règles principales de la concordance des temps en russe
Quelles sont les règles principales de la concordance des temps en russe
En russe, la concordance des temps existe, mais elle est beaucoup plus souple qu’en français. Le point central est simple : dans les propositions dépendantes, le russe marque surtout l’antériorité, la simultanéité et la postériorité par le sens et par quelques formes verbales, sans imposer un recul systématique des temps comme en français.
Cette différence explique pourquoi un locuteur francophone peut dire correctement il a dit qu’il viendrait, alors qu’en russe la structure dépend davantage du verbe, de l’aspect et du contexte que d’une “règle de concordance” rigide.
Le principe général
En russe, le temps du verbe dans une subordonnée ne se décale pas automatiquement parce que le verbe principal est au passé. La subordonnée garde souvent la forme qui exprime le moment réel de l’action, surtout quand le contexte suffit à situer l’événement.
Par exemple :
- Он сказал, что придёт.
Il a dit qu’il viendrait / qu’il allait venir.
Ici, придёт est au futur, même si le verbe principal сказал est au passé. Le russe ne suit donc pas le recul obligatoire du français du type il a dit qu’il viendrait avec passé du subjonctif ou conditionnel selon les cas.
Autre exemple :
- Он сказал, что приходит каждый день.
Il a dit qu’il vient chaque jour / qu’il venait chaque jour.
Le présent приходит peut renvoyer à une habitude, à une vérité générale ou à une action contemporaine du récit passé. Le contexte tranche.
Ce qui compte le plus : temps, aspect et contexte
La concordance des temps en russe dépend souvent de trois éléments :
- le temps verbal : présent, passé, futur ;
- l’aspect : imperfectif ou perfectif ;
- le contexte : la relation logique entre les actions.
L’aspect est particulièrement important. Le russe oppose presque toujours :
- imperfectif : action en cours, répétée, habituelle ou non achevée ;
- perfectif : action achevée, unique ou vue comme terminée.
Cette opposition joue souvent plus que le temps lui-même dans les phrases complexes.
Exemple :
-
Он сказал, что работает.
Il a dit qu’il travaillait / qu’il travaillait à ce moment-là. -
Он сказал, что закончил работу.
Il a dit qu’il avait terminé le travail.
Dans la deuxième phrase, закончил exprime clairement l’accompli, sans avoir besoin d’un “plus-que-parfait” distinct comme en français.
Quand le russe garde le présent après un verbe au passé
Le présent reste fréquent dans les subordonnées même après un verbe principal au passé, surtout dans trois cas.
1. Action simultanée ou habituelle
- Она сказала, что живёт в Москве.
Elle a dit qu’elle vivait à Moscou / qu’elle habite à Moscou.
Le présent живёт peut désigner une situation toujours vraie au moment de l’énonciation ou seulement contemporaine du moment passé raconté. Le russe n’oblige pas à transformer ce présent en passé.
2. Vérité générale
- Он понял, что Земля круглая.
Il a compris que la Terre est ronde.
La vérité générale se maintient souvent au présent, même après un verbe principal au passé.
3. Style narratif vivant
Dans le récit, le présent peut servir à rendre une scène plus immédiate, notamment dans la langue parlée et les textes narratifs.
- Он сказал, что не знает ответа.
Il a dit qu’il ne savait pas la réponse / qu’il ne sait pas la réponse.
Le présent ou le passé peuvent tous deux apparaître selon l’intention et la perspective.
Comment exprimer l’antériorité
Pour dire qu’une action est antérieure à une autre, le russe utilise le plus souvent le passé, et l’aspect perfectif est souvent décisif.
-
Он сказал, что уже ушёл.
Il a dit qu’il était déjà parti. -
Она поняла, что он приехал.
Elle a compris qu’il était arrivé.
Le perfectif ушёл et приехал situe les actions comme achevées. Il n’y a pas besoin d’un temps composé équivalent au plus-que-parfait français dans la plupart des cas.
Quand le locuteur veut insister sur le fait qu’une action s’était produite avant une autre, le contexte, des adverbes comme уже (déjà) ou до этого (avant cela), et l’ordre des informations suffisent souvent.
Comment exprimer la postériorité
Pour une action future par rapport à un verbe principal au passé, le russe emploie généralement le futur, sans changement de temps imposé.
-
Он сказал, что придёт завтра.
Il a dit qu’il viendrait demain. -
Она объяснила, что позвонит вечером.
Elle a expliqué qu’elle téléphonerait le soir.
Le futur russe peut être simple ou composé selon l’aspect :
- прочитаю : je lirai jusqu’au bout, j’aurai lu ;
- буду читать : je serai en train de lire, je lirai de façon continue.
Cette distinction est souvent plus informative pour le sens que la concordance au sens français du terme.
Les cas où le français et le russe divergent fortement
La divergence la plus fréquente concerne les phrases indirectes après un verbe au passé.
En français, on attend souvent une concordance stricte :
- Il a dit qu’il était fatigué.
- Il a dit qu’il viendrait.
En russe, plusieurs options restent naturelles :
-
Он сказал, что устал.
Il a dit qu’il était fatigué. -
Он сказал, что он устал.
Il a dit qu’il était fatigué. -
Он сказал, что придёт.
Il a dit qu’il viendrait.
La langue russe ne cherche pas autant à “recaler” le temps verbal de la subordonnée. Elle privilégie la relation réelle entre les faits.
Les verbes de parole, de pensée et de perception
La concordance devient surtout visible après des verbes comme :
- сказать : dire ;
- думать : penser ;
- знать : savoir ;
- видеть : voir ;
- слышать : entendre ;
- понимать : comprendre.
Exemples :
-
Я думал, что он дома.
Je pensais qu’il était à la maison. -
Она знала, что поезд опоздает.
Elle savait que le train serait en retard. -
Мы слышали, что они уехали.
Nous avons entendu dire qu’ils étaient partis.
Dans la pratique, le temps de la subordonnée suit la logique temporelle de l’action, pas une matrice fixe.
La négation et les verbes d’opinion
Avec la négation, le russe reste également assez flexible.
-
Он не думал, что это важно.
Il ne pensait pas que c’était important. -
Я не знал, что она уехала.
Je ne savais pas qu’elle était partie.
Le passé уехала exprime une action achevée antérieure. Là encore, le français emploierait souvent un plus-que-parfait ou un passé composé selon le contexte, alors que le russe conserve le passé simple de sens.
Pièges fréquents pour les francophones
1. Chercher un équivalent mot à mot du “recul du temps”
Le russe ne recule pas automatiquement le temps dans la subordonnée. La bonne forme dépend du rapport temporel réel.
2. Oublier l’aspect
Dire seulement “passé” ou “futur” ne suffit pas. Я писал et я написал ne donnent pas la même information :
- писал : j’écrivais / j’ai écrit pendant un certain temps ;
- написал : j’ai écrit jusqu’au bout.
Dans une subordonnée, cette différence peut changer complètement l’interprétation.
3. Traduire trop vite le plus-que-parfait français
Le russe n’a pas besoin d’un temps distinct dans beaucoup de cas où le français utilise avait fait. Le passé perfectif ou un contexte explicite remplit souvent cette fonction.
4. Sous-estimer le rôle du contexte oral
Dans la conversation, les russophones réduisent souvent les marques explicites lorsque le sens est clair. Une pratique active de l’oral aide à entendre ces choix naturels plus vite qu’un apprentissage uniquement passif.
Schéma pratique à retenir
Pour former correctement une phrase indirecte en russe, il suffit souvent de se poser trois questions :
-
L’action est-elle simultanée ?
→ présent ou imparfaitif fréquent. -
L’action est-elle achevée avant l’autre ?
→ passé, souvent perfectif. -
L’action est-elle postérieure ?
→ futur, sans changement automatique parce que la principale est au passé.
Ce schéma fonctionne mieux qu’une table de concordance calquée sur le français.
Exemples comparés
-
Он сказал, что работает.
Il a dit qu’il travaillait / qu’il travaille. -
Он сказал, что работал.
Il a dit qu’il avait travaillé / qu’il travaillait auparavant. -
Он сказал, что будет работать.
Il a dit qu’il travaillerait / qu’il allait travailler. -
Он сказал, что уже поработал.
Il a dit qu’il avait déjà travaillé / qu’il avait fini de travailler.
Chaque phrase repose sur la même structure générale, mais l’aspect et le contexte précisent la chronologie.
À retenir
La concordance des temps en russe est moins mécanique qu’en français. Le russe marque surtout la relation temporelle par le choix du temps, par l’aspect verbal et par le contexte, avec un usage très fréquent du présent, du passé perfectif et du futur dans les subordonnées.
La règle la plus utile est donc la suivante : en russe, on ne cherche pas d’abord à “faire correspondre” les temps, mais à exprimer avec précision si l’action est simultanée, antérieure ou postérieure.
Références
-
Les mécanismes de la concordance des temps et leur évolution du latin aux langues romanes
-
Présentation : La concordance des temps, vers la fin d’une « règle » ?
-
Space-Time Asymmetries in Russian Prepositions: Preliminary Analysis
-
Forme et contenu comme guerre et paix (la philosophie russe du langage après Potebnja)
-
Les facteurs temps et espace et le sort des dialectes russes à l’aube de la Révolution
-
The Category of Time in English, Russian and French Phraseology
-
La question des emprunts dans le travail terminologique soviétique des années 1920-1930
-
La genèse et l’évolution de la grammaire psychologique en Russie au XIXe siècle